Cette histoire se passe dans un pays lointain, qu’on appelle le « Pays aux mille lacs ». C’est au fond d’un de ces lacs que vivrait une créature.

Personne ne l’a jamais vue. On ne sait pas à quoi elle ressemble, ni depuis combien de temps elle est là et ce qu’elle fait dans ce lac. Mais depuis la nuit des temps, les parents interdisent à leurs enfants d’approcher du lac, « sinon, tu vas te faire dévorer ».

C’est ce que les parents de Zéline lui avaient toujours dit. Mais elle venait d’avoir 20 ans, elle était adulte maintenant, elle ne croyait plus à ce genre de chose. Et pour en avoir le cœur net, par un bel après-midi de printemps, elle décida d’aller vérifier.

 

Elle s‘approcha du lac doucement (« On ne sait jamais » se disait-elle quand même) et arriva au bord. Elle trouva l’endroit très joli. Elle commença à chercher autour d’elle. Elle avait beau scruter l’horizon, il n’y avait personne. Il y avait bien, au loin, ce pêcheur, que tout le monde connaissait dans le village, un pauvre pêcheur qui n’avait que la pêche pour nourrir sa femme et ses enfants. Il venait tous les jours et repartait même parfois bredouille. Mais à part lui, personne, rien. Elle regarda dans l’eau, toujours rien, pas de créature. Elle essaya de l’appeler doucement et de lui parler pour la faire venir. Rien. Ah, si, peut-être … il lui semblait que quelque chose avait bougé dans l’eau. Mais plus rien. Elle rentra chez elle, un peu déçue. Bien évidemment, elle ne dit rien à ses parents, qui l’auraient aussitôt enfermée pour qu’elle n’y aille plus.

 

 

Le lendemain, Zéline décida de retourner au lac, toujours en cachette de ses parents. De nouveau elle appela doucement la créature et lui parla comme si elle était devant elle. Elle lui raconta comment elle avait détourné l’attention de ses parents pour venir. Ça la fit beaucoup rire. De nouveau, elle crut voir un léger mouvement dans l’eau.

 

La jeune fille revint tous les jours. Quand elle arrivait, elle saluait la créature et lui racontait ce qu’elle avait fait dans la journée, même si maintenant elle doutait vraiment de son existence. De temps en temps, elle percevait bien quelques mouvements à la surface de l’eau. Mais bon …. des poissons sûrement. L’endroit lui plaisait beaucoup. Elle prenait un livre et passait des heures à lire ou elle écrivait des poèmes ou tout simplement s’allongeait dans l’herbe et rêvassait. Elle adorait ces moments-là.

 

Et la créature ? Car il y avait bien une créature au fond du lac. Elle avait pris l’habitude des visites de Zéline et les attendait avec impatience. Au début, elle restait immobile au fond de l’eau pour ne pas effrayer la jeune fille. Puis un jour, la créature sortit de l’eau et se cacha derrière un arbre pour la regarder. Comme elle était belle ! La créature en tomba immédiatement amoureux. Mais comment une si jolie jeune fille pourrait l’aimer. Un jour, n’y tenant plus, quand Zéline l’appela pour lui dire bonjour, la créature sortit de l’eau …. Et à sa grande stupéfaction, Zéline n’eut pas peur. Elle lui sourit et ils commencèrent à discuter, et à discuter, pendant des heures. La créature avait tant à lui dire !

A partir de ce jour, la jeune fille passa encore plus de temps au bord du lac, en compagnie de la créature, qui n’était pas si effrayante que ça, se disait-elle, et qui lui raconta comment, quand il était humain et qu’il s’appelait Thorkédon, une sorcière l’avait transformé en cette créature condamnée à vivre dans ce lac pour l’éternité. Zéline lui racontait la vie au village. Elle lui lisait aussi ses poèmes, lui lisait des livres, lui parlait de sa famille.

Thorkédon était de plus en plus amoureux de sa belle Zéline.

 

 

Pour elle, il recouvrait le lac de nénuphars, 

 

 

il faisait venir tous les plus beaux oiseaux du monde,

 

 

il transformait le lac en une véritable féérie en faisant briller à la surface de l’eau des milliers de petites lumières,

 

 

il couvrait la jeune fille de mille fleurs.

 

Zéline sentait son cœur battre de plus en plus fort quand elle était avec lui. Il la faisait voyager. Il la faisait rêver. Et un jour d’été, elle décida de le rejoindre. L’amour était le plus fort.

Zéline et Thorkédon ne sortirent plus jamais du lac, ils y étaient trop heureux. Mais l’automne, puis l’hiver arriva, et la pauvre jeune fille, n’étant pas habituée à la froidure de l’eau, avait toujours froid. Thorkédon se demanda ce qu’il pouvait faire. Son Amour grelottait de froid, il fallait qu’il trouve une solution. Et un jour, il eut une idée ! Il se souvint du pêcheur qui venait pêcher chaque jour pour ramener à manger à sa femme et ses enfants. Il alla le trouver et lui proposa un marché.

« Je t’amènerai du poisson tous les jours, autant qu’il en faut pour nourrir ta famille, lui proposa Thorkédon, mais en échange, tu m’amèneras du bois tous les jours »

Le marché fut vite conclu. Le pêcheur repartait tous les jours avec le seau rempli de poissons, et la créature repartait au fond du lac avec le bois, de quoi faire un bon feu pour réchauffer sa belle Zéline. Depuis ce jour, Zéline n’eut plus jamais froid.

 

 

Et depuis ce jour, tous les hivers, quand il fait si froid que tous les lacs et que toutes les rivières gèlent, il y a toujours un trou dans la glace à la surface du lac, toujours au même endroit ….

Texte inspiré d’une légende écossaise et écrit par Agnès