Il passe et repasse sur ma terrasse quand ça lui chante. Certainement que c’est un raccourci pour aller de …. Mais d’où vient-il d’ailleurs ? Je sais où il va : là où sont les croquettes que la voisine lui met dans son jardin. Car c’est un chat libre : il n’a pas de propriétaire, il fait ce qu’il veut, il va où il veut. Mais où ?
Quand il passe sur ma terrasse en me snobant malgré mes appels, d’où vient-il ? D’un autre jardin ? Du terrain vague d’en face ? Peut-être qu’il vient d’un autre pays ? Du pays des chats. Il paraît que les chats viennent pour apaiser certains humains, absorber leurs mauvaises énergies. Peut-être qu’il existe un pays où l’on distribue des rôles aux chats, où on leur donne une mission à remplir.
Alors, que vient-il faire quand il passe sur ma terrasse ? Que vient-il me dire ? Et quand il vient se coucher devant ma porte ? Il daigne m’adresser un petit miaulement quand je lui parle, puis il part. Pourquoi ? Pourquoi est-il là ? Que vient-il faire ?
N’y tenant plus, je décidai de le suivre. Et quand, un jour, je l’ai vu traverser ma terrasse, je l’ai suivi discrètement, m’arrêtant quand il s’arrêtait, me cachant quand il se retournait. Il a traversé le jardin d’un pas nonchalant, puis a traversé la haie bordant le terrain. Non sans mal, j’ai traversé la haie moi aussi, et c’est là que je les ai vus …. Plusieurs dizaines de chats, assis au milieu d’une clairière entourée d’arbres géants au feuillage qui brillait au soleil.
Ils étaient là, assis en rond. Des chats en tout genre : des blancs, des noirs, des noirs et blancs, des gris, des roux, des tigrés, des tachetés, des à poils courts, des à poils longs, et même un chat nu aux grandes oreilles. Et au milieu d’eux, assis sur une souche d’arbre, majestueux, trônait un chat au pelage épais et aux moustaches très longues. Plus gros que les autres, il semblait aussi plus âgé. Peut-être un Main Coon, pensais-je, à moins que ce ne soit un Sibérien.
Il parlait d’un ton grave, solennel, tout le monde l’écoutait en silence. Et c’est là que je me suis rendu compte que je comprenais la langue des chats. Il s’adressait tour à tour à chaque chat qui se trouvait là, leur assignant à chacun une mission : consoler une petite fille qui venait de perdre son chien, apporter de la douceur et de l’amour à une vieille dame malade, apporter de la compagnie à un monsieur souffrant de solitude, rendre le sourire à un enfant malheureux. Chacun le remerciait, c’était un honneur et une joie de remplir la mission qu’on lui assignait.
Il avait presque fini le tour de l’assistance quand il arriva à « mon » chat. J’allais enfin savoir ! Savoir pourquoi il passait sans arrêt sur ma terrasse et pourquoi, de temps en temps, il venait se coucher près de ma porte. J’étais au comble de l’excitation, je retenais mon souffle, quand soudain un son strident résonna à mes oreilles. D’où pouvait bien venir ce son qui me transperçait les oreilles ? J’avais beau regarder autour de moi, je ne voyais rien. Et apparemment, j’étais la seule à l’entendre, aucun chat ne bougeait. C’est quand je me suis retournée vers la haie d’où j’étais venue, pour voir si le son ne venait pas de là, que je l’ai vu : mon réveil ! C’était mon réveil qui sonnait. Il était l’heure que je me lève. Je ne saurai donc jamais ?
Désespérée, et en colère, je me suis levée en bougonnant et je suis allée ouvrir mes volets. Et devinez qui j’ai vu ? « Mon » chat qui traversait ma terrasse, fier, d’un pas lent et posé. J’avais l’impression qu’il me narguait : « Eh non ! Tu ne sauras jamais ». Et je n’ai jamais su.
Conte écrit par Agnès