C’est l’histoire d’Adélaïde la coccinelle. Quel drôle de nom pour une coccinelle, me direz-vous. C’est celui qu’elle avait choisi parce qu’elle ne voulait surtout pas s’appeler Angèle, Gisèle ou Marielle, comme toutes les coccinelles. Une rebelle, cette Adélaïde !

D’ailleurs, elle n’était pas comme toutes les coccinelles : elle était jaune. Jaune comme le soleil ! Jaune avec 22 points noirs, c’était un peu comme son nom de famille. Son amie Honorine fait partie de la famille des coccinelles jaunes à 11 points, mais elles s’entendaient bien quand même.

Par contre, les coccinelles rouges à points noirs, qui habitent entre les pierres du mur du jardin du Père Gaspard, ne l’aimaient pas beaucoup.

« Elle fait sa crâneuse », « Elle veut se faire remarquer », disaient-elles.

Les coccinelles noires à points rouges, qui habitent de l’autre côté du mur, elles, elles l’aimaient bien, et l’enviaient même.

« Quelle chance elle a ! Nous, on ne nous aime pas parce qu’on est noires. Même Théo le petit-fils du père Gaspard ! L’autre jour, il a écrasé Justine. C’était pourtant une jolie petite coccinelle noire avec 10 beaux points rouges. Tout ça parce qu’il disait que ce n’était pas une vraie coccinelle. Quelle tristesse ! »

Mais Adélaïde ne prêtait pas attention à tout ça. Elle était jaune avec des points noirs, c’était comme ça ! Et tant pis si des coccinelles disaient du mal d’elle ou l’enviaient, elle, elle vivait sa vie de coccinelle. Et de toute façon, elle avait autre chose à penser. En effet, depuis toujours, elle rêvait d’aller sur la lune. Déjà toute petite, elle passait toutes ses nuits à regarder la lune.

« Mais tu sais bien que c’est impossible », lui répétait sa maman.

« C’est beaucoup trop loin », lui disait son papa.

« Comment veux-tu qu’une petite coccinelle comme toi aille sur la lune », se moquait sa grande sœur.

Mais Adélaïde tenait bon ! Rien ni personne n’avait réussi à la dissuader. C’était son rêve à elle et tant pis si les autres ne la comprenaient pas. Son côté rebelle !

Depuis qu’elle observait la lune, Adélaïde avait remarqué quelque chose qui l’intriguait : parfois elle était d’un côté,  au-dessus du cerisier, un soir elle était de l’autre côté, au-dessus de la maison du père Gaspard, un autre soir elle était au-dessus du clocher de l’église … Adélaïde était perplexe : comment savoir dans quelle direction elle devra se diriger pour aller sur la lune. Et il y avait aussi un autre problème qui compliquait la tâche : la lune changeait de forme ! Parfois elle était toute ronde, parfois elle était en forme de croissant, parfois il en manquait la moitié et même, parfois, elle disparaissait ! Sans parler de la distance ! Elle ne pourrait jamais voler jusque la lune ! Adélaïde se rendait bien compte que ce ne serait pas facile, c’est sûr, mais elle ne renoncerait pas. Sa grand-mère coccinelle, qu’elle aimait tant, lui avait souvent dit qu’il fallait croire en ses rêves, même les plus fous.

Un soir d’été, la vie d’Adélaïde bascula. Ce soir-là, comme tous les soirs d’été, elle était installée dans les géraniums  de la fenêtre de l’institutrice. Fenêtre que l’institutrice avait ouverte pour apporter un peu de fraîcheur chez elle pendant qu’elle regardait la télévision, comme tous les soirs d’été. Et comme tous les soirs, Adélaïde écoutait ce qui passait à la télévision : les films, les chansons, les informations, les feuilletons ... Mais ce qu’elle préférait, c’était les documentaires. Elle était très curieuse et voulait tout savoir sur le Monde.

 

 

Ce soir-là, son attention fut soudain attirée par la voix d’une femme à la télévision, qui parlait d’un voyage de 3 hommes qui allaient être envoyés sur la lune. Sur la lune … Ses antennes se mirent à frémir. Des hommes allaient bientôt aller sur la lune … Elle n’en revenait pas.

« Si eux peuvent y aller, pourquoi pas moi ? »

Elle reprenait espoir. Oui, mais comment construire une fusée ? Même une toute petite fusée pour coccinelle. Elle n’y connaissait rien en fusée et n’avait pas le matériel nécessaire. Et malheureusement, elle ne connaissait personne qui s’y connaissait en fusée et qui pourrait l’aider, mis à part cette dame de la télévision qui avait l’air d’être une experte. Adélaïde alla se coucher un peu triste, mais décidée à en savoir un peu plus. Demain soir, peut-être qu’on parlerait à nouveau à la télévision de l’institutrice de ces 3 hommes qui allaient se rendre sur la lune.

Et le lendemain soir, dès qu’elle entendit le clocher sonner 19h00, Adélaïde s’installa dans les géraniums de l’institutrice, et comme tous les soirs, la fenêtre étant ouverte, la petite coccinelle put écouter tout ce qui se disait à la télévision. Elle commençait à bayer quand elle reconnut la voix de la personne qui parlait à nouveau de ces 3 hommes. Des cosmo …. Comment elle les appelait ? Des cosmonautes ? Quel drôle de nom ! Donc, disait cette voix, ils allaient se rendre sur la lune en fusée … et la fusée allait décoller de la base de lancement qui se trouve à …..  Mais !?!?!? Incroyable ! C’était tout simplement incroyable ! Adélaïde n’en croyait pas ses oreilles : la base lancement se  trouvait à 58 kilomètres de là. Une heure de vol ! En moins d’une minute elle sut ce qu’elle allait faire : elle allait se rendre à la base de lancement et une fois sur place, elle trouvera bien un moyen de rentrer dans la fusée, et hop ! En route vers la lune !

Cette nuit-là, elle eut du mal à dormir. Le matin, elle piocha dans sa réserve de pucerons qu’elle mit dans un sac. « Il me faudra bien de quoi manger pendant quelques jours » se disait-elle. Elle passa dire au revoir aux coccinelles noires à points rouges et à son amie Marie-Odile, la petite coccinelle jaune à 7 points. Le clocher sonnait tout juste 8h00 quand elle se mit en route pour la base de lancement.

Le vol vers la base de lancement ne se passa pas trop mal. Il y eut bien cette guêpe qui l’avait pourchassée pour la manger, et ensuite cette mésange charbonnière qui voulait faire d’elle son repas, mais ça, elle en avait l’habitude. On lui avait appris toute petite à se cacher pour leur échapper. Elle avait aussi fait une pause pour reprendre son souffle et manger quelques pucerons. Maintenant, elle était tout près, elle allait bientôt arriver à la base de lancement. Encore quelques battements d’ailes et elle y serait.

 

Après un champ qu’elle survola rapidement, elle arriva à un hangar. Un hangar immense. Elle passa le coin de ce hangar et là, elle l’aperçut ! La fusée ! Au milieu d’une étendue déserte, sans arbres, sans fleurs, sans herbe, rien. Une étendue qui s’étalait à perte de vue, bordée par d’autres hangars et par de grands bâtiments. La fusée paraissait toute petite tellement elle était loin, mais elle était bien là, accrochée à la rampe de lancement. Autour il y avait plein de gens qui couraient dans tous les sens, ainsi que des voitures et des camions qui se dirigeaient vers elle. Il y avait même la télévision venue filmer l’évènement. Elle devait se dépêcher, le décollage ne tarderait pas. Mais avant, elle devait trouver le moyen de s’introduire dans la fusée. Elle se posa sur le toit d’une camionnette  qui l’amena directement au pied de la fusée. C’était justement la camionnette qui amenait les cosmo …, cosmonautes, comme avait dit la dame de la télévision. Ils étaient bizarres : habillés tout en blanc, avec un drôle de truc sur la tête. Et voilà que maintenant, ils montaient sur la passerelle qui menait à la fusée. Ils se retournèrent une dernière fois pour adresser un dernier salut à la foule, qui se mit à les applaudir et à scander leurs noms en faisant des cœurs avec leurs doigts. C’est ce moment-là que choisit Adélaïde pour pénétrer à l’intérieur de la fusée. Les cosmonautes étaient trop occupés à saluer la foule pour faire attention à elle. Aussitôt, elle chercha un endroit où se cacher. Il fallait qu’elle fasse vite, avant que les cosmonautes arrivent. Elle tourna un peu dans l’habitacle, émerveillée par tous ces écrans, ces boutons, ces lumières qui clignotaient de partout. Mais elle trouva enfin un petit recoin sous un fauteuil. Ouf ! Maintenant, il n’y avait plus qu’à attendre.

Les cosmonautes s’assirent dans leurs fauteuils, on entendit un gros boum, la porte de la fusée venait de se refermer. Adélaïde se fit toute petite dans son coin et attendit. L’attente fut longue, on ne fait pas décoller une fusée comme ça ! L’attente fut si longue qu’elle finit par s’endormir. Le voyage depuis chez elle et les émotions l’avait fatiguée, ça faisait beaucoup pour une petite coccinelle.

Quand elle se réveilla, elle se dirigea vers un hublot tout doucement, pour ne pas éveiller l’attention des 3 hommes qui, maintenant, flottaient dans l’air : aussi loin qu’elle pouvait regarder, elle vit des étoiles. Des milliers d’étoiles dans un ciel noir, avec au loin une grosse boule bleue et blanche. Certainement la terre, pensa Adélaïde. Elle alla regarder par le hublot de l’autre côté de l’habitacle : toujours des milliers d’étoiles et au milieu des étoiles, ce qu’elle vit fit frémir ses élytres de bonheur. Il y avait une boule blanche : la lune !!!!! On approchait du but. Encore un peu de patience, se dit-elle. Et, toujours sans faire de bruit, elle retourna se réfugier dans son petit coin sous le fauteuil et, après avoir mangé quelques pucerons qu’elle prit dans son sac, elle se rendormit.

 

Dans ses rêves, elle se voyait déjà marchant sur la lune, quand tout à coup elle fut réveillée par une secousse. Que se passait-il ? Adélaïde comprit très vite : ils étaient enfin arrivés. Le grand jour était arrivé ! Elle était sur la lune ! Elle se dit qu’elle avait eu raison de ne pas écouter tous ceux qui voulaient la dissuader d’aller au bout de son rêve. Mais un problème auquel elle n’avait pas pensé, se posa : elle avait entendu qu’on ne pouvait pas respirer sur la lune. La dame dans la télévision l’avait répété plusieurs fois. Du coup, avait-elle dit, les cosmonautes portaient leur réserve d’air sur eux et grâce à leur casque et leur combinaison, ils pouvaient marcher sur la lune. Mais elle ? Il n’existe pas de réserve d’air pour coccinelle ? Cela voulait dire qu’elle ne pourrait pas sortir et marcher sur la lune ? Hors de question ! Elle n’allait pas abandonner si près du but ! Vite, il fallait qu’elle réfléchisse ! Les cosmonautes se préparaient déjà à sortir quand elle eut une idée : elle se glissa tout doucement dans le casque qu’un des cosmonautes était en train de mettre et s’y cacha.  Pas trop loin de la visière pour pouvoir tout voir ! Elle allait enfin réaliser son rêve ! Elle avait du mal à retenir son excitation, mais surtout, ne pas se faire remarquer par William, c’est de cette façon que les  2 autres cosmonautes l’appelaient et c’était dans son casque qu’elle était rentrée.  

 

La porte de la fusée s’ouvrit comme par magie et les cosmonautes posèrent les pieds sur la lune. William était le deuxième. Ça y est !!!!!! Son rêve, le rêve qu’elle avait depuis qu’elle était toute petite, se réalisait enfin ! Quel grand moment de bonheur pour cette petite coccinelle ! Elle était SUR LA LUNE !

Mais quelque chose était bizarre … William, comme ses camarades cosmonautes, ne marchait pas, il sautait. Il se déplaçait pas petits bonds et à chaque bond, il soulevait un petit nuage de poussière. Au début, cela amusa beaucoup Adélaïde, mais le moment d’euphorie passé, elle regarda tout autour, à travers la visière du casque de William. Rien. Il n’y avait rien. Pas d’herbe, pas d’arbres, pas de fleurs, pas d’autres insectes, pas d’oiseaux. Rien. Sur la lune, il n’y avait que de la poussière grise. Adélaïde était un peu déçue. Mais, bon, elle était sur la lune, quand même ! Elle en aurait des choses à raconter à son amie Honorine !

Après que les cosmonautes eurent fait un nombre impressionnant de mesures, ramassé de la poussière et fait tout un tas de photos, maintenant il était l’heure de retourner dans la fusée. Quand William retira son casque, Adélaïde en sortit discrètement et, après un dernier regard à la lune, elle retourna se cacher sous le siège, comme pour l’aller. Elle mangea les derniers pucerons qu’elle avait emmenés et se rendormit. Toutes ces émotions l’avaient fatiguée.

 

Elle fut réveillée par le bruit de la porte qui s’ouvrait. Sortir de la fusée fut un jeu d’enfant. La foule présente au pied de la fusée ne pensait qu’à acclamer les cosmonautes, prendre des photos et filmer. Toute la presse était là. Du coup, personne ne fit attention à elle et elle put sortir tranquillement. Aussitôt, elle reprit le chemin du retour et quelques heures plus tard, elle était de nouveau chez elle. Elle s’empressa d’aller voir son amie Honorine pour lui raconter cette fantastique aventure. Celle-ci l’écouta, émerveillée. Qui aurait pu penser qu’une petite coccinelle pourrait aller sur la lune ? Elle était fière d’avoir une amie comme elle. Puis Adélaïde rentra chez elle et après avoir dégusté quelques pucerons, se coucha. Très vite, elle s’endormit, heureuse et fière de ce qu’elle avait fait.

 

Le lendemain, Adélaïde reprit sa vie de coccinelle. Elle passa sa journée à chercher des cochenilles et des pucerons, surtout sur les rosiers de madame Leblanc, c’étaient ceux qu’elle préférait. Et comme tous les soirs d’été, elle vola jusque sur les géraniums de l’institutrice pour écouter ce qui se racontait à la télévision. Ce soir-là, justement, il y avait une édition spéciale, comme il en existe quelquefois quand il s’est passé quelque chose d’extraordinaire dans le monde. Ce soir-là, c’était au sujet du voyage des 3 cosmonautes. Mais très vite, son attention fut attirée par un mot qui revenait sans cesse dans les commentaires. C’était le mot « coccinelle ». Dans cette édition spéciale on ne parlait que d’une coccinelle qui avait été aperçue sur une photo. Des ingénieurs avaient remarqué qu’il y avait une coccinelle dans le casque de William, le cosmonaute. Et pas n’importe quelle coccinelle, une jaune à points noirs ! En fait, cette édition spéciale était consacrée entièrement à cette fameuse coccinelle. Comment était-elle arrivée là ? Pourquoi personne ne l’avait vue ? Où était-elle maintenant ? Autant de questions auxquelles les ingénieurs et les journalistes du monde entier essayaient de répondre. Sur les réseaux sociaux, on ne parlait plus que de cette coccinelle. Des photos y circulaient, où on l’apercevait dans le casque de William. Adélaïde était devenue la coccinelle la plus connue au monde. Et William aussi, d’ailleurs. Il était devenu le seul cosmonaute au monde à avoir été sur la lune avec une coccinelle dans son casque. Tous les journalistes voulaient l’interviewer. Le pauvre ne pouvait plus faire un pas sans être importuné par des journalistes ou des personnes qui voulaient faire un selfie avec lui. « Le pauvre », pensait Adélaïde. Heureusement, elle, elle était tranquille au milieu des géraniums. La célébrité, elle s’en moquait. Le plus important pour elle, c’était d’avoir réalisé son rêve. Elle soupira d’aise.

 

Elle passa le lendemain et les jours suivants à chercher des pucerons, des cochenilles et du pollen, comme le font toutes les coccinelles. Et tous les soirs, elle se réfugiait dans les géraniums de l’institutrice. Le train-train, quoi. Sa vie lui paraissait bien fade. Elle était un peu triste, notre Adélaïde. Jusqu’à cette soirée du mois d’août, le 17 exactement, où il y eut ce documentaire sur les océans à la télévision. Cachée dans les géraniums, elle écoutait distraitement quand la dame dans la télévision commença à parler d’un abîme, un trou, au fond de la mer, profond de 11 kilomètres, le plus profond du monde. 11 kilomètres !!!! Est-ce qu’on pouvait aller si profond dans la mer ? Déjà, pour une coccinelle, aller dans la mer paraissait impossible. Mais à 11 kilomètres de profondeur !!!!!!!! Du coup, elle ouvrit grand ses oreilles de coccinelle et écouta avec attention.

 

« Cet abîme est appelé fosse des Mariannes. Il n’y a que quatre hommes qui sont allés au fond et grâce à eux et aux photos qu’ils ont ramenées, on sait maintenant que des poissons inconnus et étranges et que l’on ne voit nulle part ailleurs, vivent au fond. Dans dix jours, un nouveau submersible avec 2 hommes à son bord descendra pour explorer une nouvelle fois la fosse et ramener de nouvelles photos » commentait la dame de la télévision.

« Waouh ! » s’exclama Adélaïde complètement ébahie. Comment cela pouvait-il être possible ? En rentrant chez elle ce soir-là, elle n’arrêta pas de penser à ce qu’elle venait d’entendre. Une idée germa dans sa tête. Et en allant se coucher ce soir-là, elle savait déjà ce qu’elle allait faire ……

Conte écrit par Agnès