Imaginez une forêt où les arbres sont toujours verts. Il n’y a pas d’automne, pas d’hiver, les arbres ne perdent jamais leurs feuilles et restent verts toute l’année. Les oiseaux chantent aussi toute l’année. Il y a des fleurs, des papillons, des abeilles, toute l’année. Les écureuils, les musaraignes, les hérissons, les biches, tous les animaux sont heureux de vivre dans cette forêt.
C’est à l’orée de cette forêt que vit Neige avec son grand-père Clarius, et ses 2 chats : Isalie la petite chatte aux yeux vairons, l’un vert l’autre marron, et Kaho, un gros chat roux. A quelques pas de la maison, il y a un étang couvert de nénuphars roses, eux aussi fleuris toute l’année. Neige aime bien venir y passer du temps avec son grand-père, toujours accompagnée d’Isalie et Kaho. Ils la suivent partout où elle va. Elle et son grand-père s’assoient sur le banc face à l’étang, et écoutent les oiseaux chanter. C’est ce qu’elle aime le plus au monde : écouter le chant des oiseaux et le murmure de l’eau..
De temps en temps, elle se rend au village pour voir ses amies. Ce petit village est situé non loin de la forêt et là aussi, il n’y a ni automne, ni hiver. Les jardins sont toujours verts, il y a des fleurs devant les maisons toute l’année et les habitants aiment être dehors à bavarder au soleil. Tout le monde connaît Neige et l’aime beaucoup. On la salue au passage et elle échange toujours quelques mots avec les personnes qu’elles rencontrent. Tout le monde connaît aussi Isalie et Kaho, les enfants aiment bien les caresser.
Tout allait pour le mieux : elle était heureuse, elle avait fêté son anniversaire la veille avec ses amies. Vingt ans, ça se fête ! Pour qu’elle soit tranquille à la maison avec ses amies, Clarius était allé dormir chez un vieil ami qui habite à la sortie du village. Maintenant, il était l’heure de se lever. Neige commença à préparer le petit déjeuner, son grand-père n’allait pas tarder à arriver. Mais quand elle ouvrit les volets, elle vit une chose qu’elle n’avait encore jamais vue : les arbres avaient perdu toutes leurs feuilles, un vent froid soufflait, les nénuphars avaient disparu de la surface de l’étang et à la place, il y avait une couche de glace. Plus aucun oiseau ne chantait, on n’entendait que le vent souffler. Quand elle ouvrit la porte pour aller voir ce qui se passait, il se mit à tomber des petits flocons blancs. De la neige ! Elle n’en avait jamais vu, mais son grand-père lui en avait parlé. En un instant, tout fut recouvert d’une épaisse couche de neige. Tout avait disparu : l’étang, l’herbe, les fleurs, tout était blanc, et les oiseaux s’étaient tus. Mais que se passait-il ? Elle n’avait jamais vu ça.
Elle commença à grelotter. Elle avait froid pour la première fois de sa vie. Mais elle n’avait pas de pull à se mettre : on n’en a pas besoin ici, il fait toujours chaud ! Elle se rappela avoir vu des vêtements dans une vieille malle au grenier. Vite, elle y monta et trouva dans la vieille malle un gros pull bleu qui avait appartenu à sa maman. Elle l’enfila vite fait et redescendit l’escalier à toute vitesse. Et aussitôt, Neige se dirigea le plus vite qu’elle pouvait vers le village à la rencontre de son grand-père. Peut-être que lui, saurait expliquer ce qui se passait. Isalie et Kaho essayaient de la suivre, mais les pauvres, ils avaient du mal à marcher dans cette neige froide !
Au village, recouvert de neige lui aussi, les gens, avaient pris ce qu’ils avaient trouvé pour s’emmitoufler : des couvertures, des châles, les rideaux. Une chose bizarre surprit Neige : personne ne lui disait bonjour comme à l’habitude, tout le monde lui tournait le dos. Tous ces gens semblaient en colère contre elle. Mais pourquoi ? Elle était sur la place du village quand une vieille femme sortit de sa maison et interpela Neige.
« C’est de ta faute ! Tu t’appelles Neige, c’est de ta faute s’il y a de la neige. Va-t-en ! On ne veut plus te voir ! »
Et tout le monde reprit en chœur « Va-t-en, on ne veut plus te voir ! ». On lui lança même des cailloux. Neige avait beau crier que ce n’était pas sa faute, personne ne l’écoutait. Elle se mit à pleurer. C’était à n’y rien comprendre. Tous ces gens qui la connaissaient depuis des années et avec qui elle bavardait souvent, et qui maintenant la détestaient …. Mais pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle leur avait fait ? Heureusement, son grand-père arriva. Il était très connu dans le village. On l’appelait le Sage parce qu’il était très vieux. Quand on avait un problème, on allait le voir et lui demander conseil. Tout le monde le respectait et l’écoutait. Alors, quand il cria :
« Arrêtez ! Neige n’y est pour rien. Arrêtez de vous en prendre à elle ! ». Tout le monde se tut.
« Rentrez chez vous ! » dit-il à la ronde et s’adressant à sa petite-fille « Viens, ma petite Neige, rentrons. Je vais t’expliquer »
Clarius fit un bon feu dans la cheminée et tous les deux s’installèrent devant. Sa chaleur faisait du bien à Neige.
« Tu n’y es pour rien dans ce qui arrive. Le responsable, c’est Danguémon. De l’autre côté de la forêt, il y a un pays où il fait toujours froid. Le sol est recouvert de neige toute l’année, il n’y a ni fleurs, ni animaux. Les ruisseaux et les étangs sont gelés en permanence. Un vent froid souffle sans arrêt. Danguémon en est le roi. Ta maman et lui s’aimaient, et un jour tu es née. Ils t’ont appelée Neige car tu étais belle comme un flocon de neige. Mais ta maman ne voulait pas que tu vives dans ce pays où il fait toujours froid.
« Ce n’est pas un pays pour une petite fille » disait-elle.
Par amour, Danguémon acceptas que vous veniez vivre ici toutes les deux, dans ce pays où il n’y a ni automne, ni hiver et où il fait toujours beau et chaud. Et il m’a chargé de prendre soin de vous. Malheureusement, ta maman avait beaucoup de mal à vivre loin de Danguémon, son grand amour. Elle est tombée malade et nous a quittés »
Neige n’en croyait pas ses oreilles.
« J’ai un père ? Pourquoi tu ne m’as rien dit ? En fait, tu n’es pas mon vrai grand-père »
« Je ne suis peut-être pas ton vrai grand-père, mais je t’aime comme un grand-père aime sa petite-fille »
« Mais quel rapport avec ce qui arrive aujourd’hui ? Pourquoi ? » demanda-t-elle.
« Danguémon avait accepté que vous partiez, ta maman et toi, mais vous deviez rentrer le jour de tes 20 ans, quand tu serais devenue une jeune fille capable de vivre dans le froid et la neige. Ta maman lui avait promis. Tu aurais dû rentrer hier, le jour de tes 20 ans. Danguémon n’est pas content, c’est lui qui est responsable de ce qui arrive aujourd’hui et qui nous a envoyé l’hiver »
Neige resta silencieuse un moment. Ça se bousculait dans sa tête : il existait un pays de l’autre côté de la forêt dont on ne lui avait jamais parlé et où c’est l’hiver en permanence, elle avait un père qu’on lui avait caché, Clarius n’était pas son vrai grand-père, et parce qu’elle n’était pas rentrée dans ce pays, il lui faudrait vivre tout le temps dans la neige et le froid, et avec elle, tout le village …. Cela faisait beaucoup de choses d’un coup, elle ne savait plus quoi penser.
Cette nuit-là, Neige ne dormit pas beaucoup. En ouvrant ses volets le lendemain matin, elle vit que rien n’avait changé : il faisait toujours froid, tout était toujours recouvert de neige et de glace. Le lendemain et les jours suivants, c’était encore et toujours l’hiver. Au bout d’une semaine, Neige commença à désespérer et au bout de 10 jours, elle sentit la colère monter. Non, ce n’était pas possible de vivre comme ça. C’était hors de question ! Il fallait faire quelque chose. Mais quoi ? Elle avait beau réfléchir, elle ne voyait pas de solution. Jusqu’à ce 11ème jour où une idée commença à germer dans son esprit.
Pleine d’espoir, elle retrouva Clarius dans le salon où il était en train de lire devant le feu.
« Clarius, ça ne peut plus durer comme ça, il faut faire quelque chose ! s’écria-t-elle. Cela fait 11 jours que ça dure, ce n’est plus possible. Je ne veux pas vivre dans ces conditions, je veux que tout redevienne comme avant. En plus, les gens du village subissent aussi la colère de mon père. Ils n’y sont pour rien. Je vais aller le voir pour lui demander de faire revenir l’été »
Clarius leva le nez de son livre et regarda la jeune fille qui s’assit à côté de lui. Il savait au fond de lui que c’était la seule solution.
« Réfléchis bien, ma petite Neige. Le pays de Danguémon est très loin. Il faut traverser la forêt et avec le froid qu’il fait et la neige qui gêne la marche, il y en a pour plusieurs semaines. Et une fois arrivée là-bas, il y a deux monstres mi homme mi animal qui gardent la porte du royaume et qui empêchent quiconque d’y entrer. Et si tu arrives jusqu’à Danguémon, comment va-t-il réagir ? Tu n’as pas peur qu’il te retienne prisonnière ? Réfléchis bien »
« C’est tout réfléchi, Clarius (elle n’osait plus l’appeler « grand-père »), je pars demain »
Avec l’aide du vieil homme, elle passa la soirée à préparer son sac. Dans la vieille malle au grenier, Neige trouva un deuxième pull, des grosses chaussettes bien chaudes, un bonnet de laine et une couverture. Toutes ces choses avaient appartenu à sa maman avant qu’elle ne vienne vivre ici avec elle, quand elle n’était encore qu’un bébé. Dans le sac, elle mit aussi de quoi manger, de quoi boire … et des croquettes pour les chats, car elle savait qu’ils la suivraient comme ils le font tout le temps. Une fois le sac prêt, Clarius et elle, allèrent dormir.
Tous deux dormirent très mal : Clarius était inquiet pour la jeune fille et Neige était excitée à l’idée de rencontrer Danguémon. Au petit matin, après une dernière recommandation du vieil homme, Neige pris le chemin vers le royaume de Danguémon. Comme il l’avait prévenue, la route fut longue et difficile. La forêt était très étendue et elle avait du mal à marcher avec la neige. De temps en temps elle était obligée d’attendre Fleur et Kaho qui peinaient eux aussi. Le soir, elle trouvait toujours une petite cabane de bûcheron ou une grotte pour dormir. Heureusement, les anciens vêtements de sa maman lui tenaient bien chauds. Au bout de 12 jours, elle remarqua que les arbres étaient plus clairsemés.
« Le bout de la forêt ne doit pas être loin » pensa Neige.
Plus elle avançait, moins il y avait d’arbres et au bout de 14 jours, il n’y eut plus d’arbres du tout.
« Ça y est, je suis arrivée au royaume de Danguémon »
La couche de neige devenait de plus en plus épaisse. Neige avançait de plus en plus difficilement et était obligée de porter Isalie et Kaho de temps en temps. Elle avançait prudemment en regardant tout autour d’elle. Elle se souvenait de ce que lui avait dit Clarius : deux monstres mi homme mi animal gardaient la porte du royaume. Tout à coup, elle entendit des grognements effrayants qui la firent sursauter.
« ça y est, nous y sommes » se dit Neige
Les grognements se répétèrent, encore plus effrayants. Elle avait beau être décidée, elle commença à avoir peur. Apparurent devant elle, 2 monstres horribles, plus grands qu’elle, avec des yeux qui brillaient. Elle se demandait bien ce qu’elle allait pouvoir faire contre ces 2 monstres terrifiants.
Elle commença à reculer quand elle entendit des rugissements derrière elle : Isalie et Kaho s’étaient transformés en tigres géants. Stupéfaite, elle les regarda se battre contre les deux monstres. A eux deux, ils ne mirent pas longtemps à en venir à bout et ensuite, ils se retransformèrent en chats, comme Neige les avait toujours connus. Ils eurent droit à de gros câlins de la part de leur maîtresse qui n’en revenait toujours pas de ce qui s’était passé. Elle en aurait des choses à raconter à Clarius ! Le chemin était libre, elle pouvait continuer sa route vers le château de Danguémon.
Très vite, elle commença à apercevoir la silhouette du château, étincelante comme un diamant. Quand elle s’en approcha, elle vit qu’il était entièrement fait de glace. Aucun garde devant la porte grande ouverte, elle y entra d’un pas décidé. Il n’y avait personne dans le château, personne pour lui indiquer où trouver Danguémon.
« Bizarre, pensa Neige, où sont-ils tous ? »